
LâUkraine retient son souffle. Ne pas craquer. « Nous nous battons pour la libertĂ© de lâEurope et pas seulement pour la nĂŽtre. » DâemblĂ©e, Sterhii Sternenko, pose les termes du dĂ©bat.
Le jeune activiste ukrainien, 29 ans, est en premiĂšre ligne dans la mobilisation de la sociĂ©tĂ© civile pour soutenir les soldats confrontĂ©s Ă la puissance des troupes de Vladimir Poutine. Les drones quâil finance sont comme les piqĂ»res dâun essaim de guĂȘpes. Ils bourdonnent au-dessus des positions russes dans les plaines du Donbass. Font sauter des convois de munitions, sĂšment la panique dans les dĂ©pĂŽts de carburant derriĂšre les lignes de lâadversaire ou tiennent Ă distance les navires ennemis au large dâOdessa.

Les chiffres dĂ©voilĂ©s en rafale de son tĂ©lĂ©phone portable affolent les compteurs. « 300 000 donateurs au cours des derniĂšres 24 heures, 30 millions dâeuros collectĂ©s ces derniers mois et 60 000 drones financĂ©s.
Sa chaĂźne Youtube, 1,9 million dâabonnĂ©s Ă laquelle il faut ajouter celle de Telegram aux 600 000 abonnĂ©s, permet Ă Serhii Sternenko de capter un flux vital pour soutenir des troupes ukrainiennes soumises aujourdâhui au feu roulant de la pression russe.

Dans un pays rongĂ© par la corruption, il affirme tenir une comptabilitĂ© prĂ©cise de chaque hryvnia collectĂ© et rend compte de lâaffectation des fonds ainsi que du transfert aux unitĂ©s concernĂ©es des Ă©quipements achetĂ©s.
Toujours sur son tĂ©lĂ©phone, il tient le dĂ©compte des amis disparus. Le visage se ferme. « Les envahisseurs doivent mourir. » Le nombre de morts ukrainiens reste aujourdâhui encore le secret-dĂ©fense le mieux protĂ©gĂ©. Au mois de fĂ©vrier, Volodymir Zelensky, le PrĂ©sident ukrainien a bien fini par dĂ©voiler une estimation : 31 000 morts. Mais personne nây a cru.
« Sâil faut y aller, jâirai »
Encore faut-il pouvoir tenir. AprĂšs des semaines de dĂ©bats intenses, lâĂąge de la mobilisation vient dâĂȘtre abaissĂ© de 27 Ă 25 ans. Pour Ă©chapper Ă cet enrĂŽlement qui les voit parfois arriver sur le front mal Ă©quipĂ©s et mal entraĂźnĂ©s certains jeunes sâĂ©vaporent. « On en voit les premiers effets. Les entreprises peinent Ă recruter. Les Ă©ventuels candidats prĂ©fĂ©rant un emploi au noir pour Ă©chapper au risque dâun enrĂŽlement forcĂ© », analyse Serhii Fursa. Pour cet Ă©conomiste ukrainien, dans un pays dont la dĂ©mographie Ă©tait vieillissante avant la guerre, « la dĂ©population de bras sera un enjeu majeur aprĂšs la guerre. »

Source : ouest France.